dossiers - Logistique et management
La logistique a toujours été un sujet de réflexion et une préoccupation pour les grands stratèges militaires. Les préceptes de Sun Tzu n’ont pas vieilli. Ce général chinois ayant vécu quelques siècles avant notre ère avait à l’évidence une grande expérience et une solide connaissance dans le domaine militaire.« L’Art de la guerre » s’appuie sur l’action stratégique qui s’impose à tous les membres du groupe et utilise une philosophie basée sur la surprise et la ruse. Ce retour sur vingt-cinq siècles rappelle que celui qui cherche à apprécier une situation de conflit doit analyser les cinq facteurs clés : la stratégie, le temps, le terrain, le général en chef et la règle. En effet, la règle détermine l’organisation de l’armée, la promotion des officiers, la logistique et le contrôle des dépenses.
L’étude des armées modernes distingue trois phases dans la logistique militaire. L’approche napoléonienne de « prédateur » approvisionnant les armées grâce aux ressources des pays traversés ou conquis, a remplacé l’approche statique, « logistique subie », dans laquelle l’approvisionnement provenait de magasins préalablement préparés et recourait aux entreprises civiles. Si Napoléon a internalisé et structuré la logistique, les innovations technologiques liées aux transports l’ont par la suite fait évoluer vers une fonction d’état-major, son rôle se développant tant au niveau opérationnel et tactique que stratégique.
En 1837, l’auteur du “Précis de l’art de la guerre”,Henri de Jomini, un général d’empire, éleva la logistique du rang d’outil à celui de conception des manoeuvres des armées. Il ne s’agissait plus uniquement de s’adapter à la manoeuvre.Avant de la reconnaître comme une science générale des plus essentielles, Jomini envisagea la logistique, ou l’application pratique de l’art de mouvoir les armées, comme une science de détails, faite de considérations subalternes et de rationalisations aussi parcellaires que disparates. L’art de la guerre se composait outre de la politique, de cinq branches principales : « la stratégie, la grande tactique, la logistique, la tactique de détail et l’art de l’ingénieur ». La logistique ne serait au fond que « la science de préparer ou d’assurer l’application de la stratégie et de la tactique » (Challiand, 1990). Ainsi la logistique recouvrait « tous les devoirs du chef d’état-major, exceptés les combats et leur planification ».(Dornier, Fender, 2001). Il faut entendre par là « la préparation des ressources nécessaires, l’établissement des ordres, le pourvoi à la sécurité et le ravitaillement des troupes, la constitution des camps, des dépôts et des lignes d’approvisionnement, l’organisation des services médicaux et de communications ».
Les innovations technologiques, en particulier dans les transports avec l’apparition du chemin de fer, modifièrent les modes opératoires.
L’automobile et le poids lourd impulsèrent la logistique des carburants. A la fin du XIXe, les structures logistiques militaires se réorganisèrent.
En 1917, fut créé le quatrième bureau chargé de coordonner au niveau de l’État-Major les questions de ravitaillement et de transport. En août 1977, dans un contexte bien défini de guerre froide, de conflits d’extrême intensité mais brefs et bien localisés, apparut la brigade logistique de corps d’armée.
L’industrialisation de la logistique mit l’accent sur un souci de planification à la recherche d’une cohérence opérationnelle. Durant la seconde guerre mondiale furent réalisés des travaux structurant la recherche opérationnelle.
Et, c’est sous l’impulsion de la Nasa et du Département de la défense (DoD) dans les années 1980, que furent conçues des techniques de soutien logistique intégrée connues sous le nom de Cals (Computer Aided acquisition Logistics support) (Canada,MDN,1995). Cependant la chute du mur de Berlin en 1989, suivie de l’effondrement de l’Union soviétique changea le contexte géopolitique mondial et la nature des conflits. L’élongation géographique des guerres et la multiplication des opérations extérieures (Opex) confrontèrent le rôle de la logistique à un niveau de réflexion stratégique, tout en maintenant son importance aux niveaux opérationnel et tactique. La logistique militaire chercha à assurer l’autonomie des armées projetées et ainsi la liberté de décision et la capacité de manoeuvre quel que soit le lieu.
Le livre blanc sur la Défense redéfinit dans de nouveaux contextes les missions des armées et les moyens dont elles devaient disposer (La Documentation française, 1994). La logistique de projection fut alors avalisée et, pensée pour faire face à des situations très diverses, dans des délais brefs, dans des zones d’interventions
plus ou moins éloignées et de nature climatique hétérogène, avec des effectifs limités, pour des durées inconnues. L’annonce de la professionnalisation des armées en 1995 et la restructuration qui s’ensuivit, s’inscrivit dans le cadre de la loi de programmation militaire 1997-2002 établie dans un souci de stricte économie financière.
Les missions des armées au format revu à la baisse furent redéfinies selon les quatre fonctions : dissuasion, prévention, projection et protection. Dans le règlement des armées, la logistique correspond à l’ensemble des activités qui visent d’une part à donner aux forces armées en paix comme en guerre, au moment et à l’endroit voulus, en quantité et en qualité voulues, les moyens de vivre, de combattre et de se déplacer ; d’autre part, à assurer le traitement sanitaire des personnels et la réparation des matériels. Du fait de deux finalités différentes mais aussi convergentes, la pensée de la logistique militaire et celle de la logistique civile se construisirent en parallèle ou conjointement. La logistique civilo-militaire a toujours existé, fluctuant en intensité et dans la mise en oeuvre, l’armée recourant aux moyens de production, d’acheminement ou de distribution de la société civile. Aujourd’hui les logisticiens militaires utilisent l’expérience en matière de
chaîne d’approvisionnement et les technologies issues du secteur civil, l’innovation dans ce domaine nécessitant des investissements conséquents et la prise en compte de normes civiles internationales. L’autonomie logistique est toujours recherchée pour garantir l’autonomie de décision et la capacité de manoeuvre,
mais les systèmes d’information logistiques optimisent le pilotage des flux physiques, la traçabilité, le Total Asset Visibility et l’interopérabilité tandis que le renseignement est de plus en plus indispensable pour anticiper et s’adapter.
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